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41e rencontres de la Fnau : quelle fabrique de la décision publique en 2040 ?

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Dans le cadre de la 41e rencontre nationale des agences d’urbanisme organisée par la Fnau en décembre 2020, urbA4, le réseau des agences d’urbanisme en Auvergne Rhône-Alpes, a conduit un travail prospectif, innovant et créatif, sur la fabrique de la décision publique.

Quelle fabrique de la décision publique en 2040 ?

Réfléchir à des modes de production des politiques publiques qui concourent à la soutenabilité et à un futur heureux dans un monde caractérisé par des perspectives incertaines... c'était l'objectif de l'atelier des 41e rencontres de la Fnau, préparé en amont par le réseau urbA4.

Un travail exploratoire et prospectif en amont

Problématiques et constats en 2020 : les crises économiques, sociales, sanitaires et environnementales s’accélèrent et s’entrechoquent. Les populations manifestent et s’expriment. Dans tous les domaines d’activité, des professionnels et des associations s’engagent et innovent. Certaines entreprises cherchent à évoluer, avec un rapport au travail qui change. Les acteurs publics tentent de s’adapter aussi, en exprimant le besoin de proposer de nouveaux modes d’action territoriale.

Interpellations pour 2040 : les modalités du dialogue entre les parties prenantes des politiques publiques locales ont évolué, en lien avec l’objectif d’aller vers plus de soutenabilité et de résilience territoriale, dans un contexte marqué par la montée des incertitudes et des nouveaux modèles de développement et d’aménagement. Aux côtés des acteurs publics (élus et services), en mobilisant des expertises scientifiques et d’usages, les professionnels de l’ingénierie territoriale se sont repositionnés.

Quatre séances de travail, en amont de la rencontre et des ateliers, ont mobilisé le réseau urbA4 (les agences d'urbanisme d'Auvergne Rhône-Alpes) dont trois collaborateurs de l'Agence de Grenoble, en charge des questions prospectives. Le groupe a privilégié une prospective du « comment ? », se focalisant sur les processus de fabrication et de conception des politiques publiques, sur leurs mécanismes de déploiement et de mise en oeuvre, ainsi que sur leurs dispositifs de suivi et d’évaluation.

"Explorer les futurs "heureux", mot d'ordre des 41e rencontres de la Fnau, peut sembler un exercice un peu déroutant au vu de l'année 2020. L'atelier nous a forcé à entrevoir des évolutions positives derrière l'écran opaque des crises sociétales et environnementales que nous traversons. La trajectoire envisagée ne se fera pas sans de profondes ruptures, sans nous réinterroger à la fois sur les changements à opérer et sur la manière dont est produite la décision publique. C'est l'une des contributions proposées par l'Agence d'urbanisme à l'émergence d'une plateforme dédiée à la prospective et aux transformations dans l'aire grenobloise"

Constant Berrou, Chargé d’études territoires à l’Agence

La figure 2040 : une décision publique collégiale au service de la gestion territoriale des communs

Après avoir défini leur problématique et identifié les nombreux facteurs de changements (contexte de crise permanente, état affaibli, démocratie abimée, collectivités déstabilisées, enjeux et défis inédits, nouvelles parties prenantes...), la figure 2040 conçue par le groupe envisage un futur possible parmi bien d’autres. Elle est issue d'un exercice prospectif créatif développé dans le cadre d'un jeu sérieux "Prospect’Us" élaboré par UrbaLyon.

Pour accompagner cette collégialité des prises de décision et ce nouveau rôle des élus, l’ingénierie territoriale ne peut plus se contenter d’apporter des solutions ou une expertise "clé en-main". Elle doit surtout permettre aux parties prenantes d’imaginer et de négocier ensembles leurs solutions. Pour cela, elle adopte une posture de "médiateur - traducteur - éclaireur des débats" en jouant trois rôles complémentaires :

  • Proposer un cadre de confiance pour que les parties prenantes débattent sereinement (médiateur)
  • Aider à identifier quelles implications pour le projet découlent des propositions de chaque partie prenante (traducteur)
  • Alimenter et objectiver les échanges entre acteurs sur la base de connaissances rationnelles (éclaireur).

Quelles évolutions de l'ingénierie publique et des agences d'urbanisme ?

Quels rôles des agences d’urbanisme dans ce contexte futur ? "Outils communs" ? "Vigies" ? "Expertes" ? "Animatrices" ? "Prototypeuses"?
Quelle organisation, quelle représentativité, quelle capacité d’adaptation et d’initiative, quelles compétences techniques et quelle valeur ajoutée par rapport à l’offre d’ingénierie traditionnelle sur une large diversité de territoires ? Quel chemin pour y parvenir ?

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Lou Hermann

Suivant l’évolution des collectivités et les besoins des élu·e·s, les agences disposent en 2040 de champs d’expertise et d’intervention élargis, pour être au cœur de l’animation du dialogue territorial.

Les partenariats se diversifient, notamment avec les acteurs privés et toutes sortes d'acteurs de la fabrique des politiques territoires, avec une gouvernance renouvelée organisée en collèges : collectivités et acteurs publics, associations et entreprises, monde scientifique.
Fortes de ces alliances, les agences restent en 2040 les observatrices privilégiées du temps long, animatrices de la fabrique des territoires et plus que jamais, conseillères expertes auprès des acteurs locaux.
Médiatrices d’un monde complexe, elles mettent en œuvre leurs savoir-faire pour interfacer les échelles et inscrire les projets locaux dans des enjeux et des objectifs souvent constitués à une échelle plus globale, tout en permettant aux territoires de définir leurs propres stratégies d’adaptation, de transition et de résilience.
À ce titre, au-delà d’un renouvellement de leurs champs d’expertises traditionnels (mobilité, démographie, économie, planification…), elles continueront d’investir des champs aujourd’hui émergents (énergie, santé, emploi, biodiversité, sans-abrisme, politiques alimentaires territoriales) ou qui restent à développer (reterritorialisation des productions agricoles et industrielles, gouvernance des données numériques, régénération des écosystèmes, low-tech, permaculture…).

FLASHBACK ATELIER BREST 2020

La figure 2040 a été présentée lors de l’atelier du 2 décembre 2020 des 41e rencontres de la Fnau. Les commentaires ont permis d'en enrichir et compléter les propositions. Parmi les évolutions du système d’action publique évoquées, quatre sont apparues particulièrement souhaitables aux yeux des participants à l’atelier :

  • Le renouvellement des politiques publiques et des instances de gouvernance,
  • L’évolution du rôle de l’élu local vers un rôle de facilitateur,
  • Les innovations démocratiques, et notamment la collégialité des prises de décision et la participation des habitants,
  • L’évolution du système de valeurs, à travers notamment la mise en avant de la gestion des communs.

Le devenir des agences étant fortement interrogé, de nombreuses questions et réactions ont été suscitées durant l'atelier.

Le document de synthèse restitue la démarche méthodologique, la figure 2040 établie et les enseignements que l’on peut en tirer. Bonne lecture !

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Figure 2040 : proposition du groupe de travail - Lou Hermann

Participants de l'atelier

Equipe pilote Urba 4
Constant Berrou (Grenoble)
Violaine Colonna d’Istria (Clermont-Ferrand)
Gabriel Jourdan (Grenoble)
Sabine Lozier (coordinatrice Urba4)
Ludovic Meyer (Saint-Etienne)
Frédéric Pontoire (Grenoble)
Benoit Provillard (Lyon)

Participants associés
Frédéric Bossard (Saint-Etienne)
Ghislaine Cortey (Saint-Etienne)
Christel Griffoul (Clermont-Ferrand)
Charles Hazet (Clermont-Ferrand)
Philippe Mary (Lyon)
Benoit Parent (Grenoble)
Pascale Simard (Lyon)

Facilitation graphique
Lou Hermann

Autres personnes invitées
Hélène Clot (Grenoble-Alpes Métropole)
Sophie Robert, Ludovic Chillotti (Département Isère)
Alain Faure (CNRS)
Claire Wantz (Métropole de Lyon)
Angèle Baleydier, Claire Boisset, Vincent
Couturier et Julie Troff-Poulard (UrbaLyon)