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La ligne E du tramway grenoblois, laboratoire de la démarche urbanisme et transport

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Jeudi 25 mars 2021, le comité syndical du Smmag a validé le "bilan LOTI" de la ligne E du tramway de l'agglomération grenobloise, réalisé par l’Agence en coproduction avec le Smmag et ses prestataires extérieurs (bureaux d’études, ATMO Auvergne-Rhône-Alpes).

LA LIGNE E, LABORATOIRE DE LA DÉMARCHE URBANISME-TRANSPORT

Bilan Loti : une évaluation obligatoire

Le bilan LOTI - instauré par la Loi d'Orientation sur les Transports Intérieurs de 1982 - est une évaluation obligatoire des principaux projets d'infrastructure de transport ayant bénéficié d'un financement public. Ce bilan, qui est élaboré sous la responsabilité du maître d'ouvrage du projet, doit être réalisé au plus tard cinq ans après la mise en service du projet, et rendu public.

L'objectif d'un bilan LOTI est double :

  • Mettre en exergue les évolutions observées du territoire, de l'offre de mobilité, des pratiques de déplacements et des indicateurs de santé publique (pollution, bruit, accidentologie) "avant" et "après" la mise en service du projet.
  • Identifier les écarts entre les projections qui figurent dans le "dossier d'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique" (coûts et bénéfices attendus du projet) et la situation réellement observée une fois ce dernier mis en service.

Le bilan LOTI de la ligne E est particulier car il s'agissait d'examiner à la fois le projet de tramway et le "contrat d'axe" qui l'a accompagné. Signé en 2011 par les communes, le SMTC (devenu Smmag), la Métropole et divers partenaires, le contrat d'axe définissait des engagements de construction de logements dans l'aire d'influence de la ligne E (fuseau d'intensification urbaine) en échange de subventions versées aux communes pour améliorer la qualité des espaces publics et réaliser des cheminements piétonniers en lien avec les stations.

L’Agence, impliquée depuis plus 15 ans sur la ligne E et son contrat d’axe

L’Agence accompagne le Smmag dans l’articulation urbanisme-déplacements depuis de nombreuses années et a largement contribué à l’élaboration de la « charte urbanisme-transport » (entre 2005 et 2007) et à sa traduction dans le contrat d’axe de la ligne E signé en 2011. À partir de 2010, elle a été mobilisée pour l’évaluation de ces démarches et a finalisé en 2012 un état des lieux "avant travaux". Le bilan Loti de la ligne E du tramway de l'agglomération grenobloise a été validé jeudi 25 mars 2021 par le comité syndical du Smmag.

Comment le marché immobilier s’est développé autour de la ligne E ? Quel bilan tirer du contrat d’axe ? Quelles sont les évolutions de l’offre de mobilité et des espaces publics ? Quelles sont les nouvelles pratiques de déplacements ? La circulation a-t-elle été réduite ? Environnement, santé, bruit : quels effets ?...
À travers une recherche historique, un important travail de terrain, des analyses croisées des données et la mobilisation de son équipe pluridisciplinaire, l’Agence a réalisé un état des lieux de la situation "après mise en service" de la ligne, entre 2018 et 2020, et a rédigé le bilan final. Plus d’une dizaine de chargés d’études ont travaillé à ce bilan. Au-delà de la question de la mobilité, l’Agence a impliqué ses experts sur les thématiques associées comme santé, paysage, projet urbain, économie, cohésion sociale…
D’autres analyses ont été complétées par des prestataires recrutés par le Smmag (photo-vidéo, bruit, air, déplacements et comptages) et par les services du Smmag (accidentologie).

Les principaux enseignements du bilan LOTI de la ligne E

    • La dynamique urbaine liée au contrat d’axe profite notamment aux communes du nord de la ligne : nombreux programmes de logement, nouvelles polarités d’équipements ou de commerce, redynamisation des centralités existantes
    • Une hausse de la fréquentation des transports collectifs dans le corridor de la ligne E, malgré l’effet négatif de la correspondance imposée entre les lignes E et C2 pour les trajets entre Grenoble et Le Pont-de-Claix ou Échirolles Ouest.
    • Un usage en hausse des modes actifs (marche à pied, vélo) et un nombre d’accidents de la circulation en nette diminution
    • Une baisse du trafic routier nettement supérieure aux prévisions, notamment dans Grenoble (Cours Jean-Jaurès / Libération), sans reports significatifs vers d’autres axes. Le bilan LOTI du tram C (réalisé par l’Agence en 2015) avait abouti à des conclusions similaires sur les grands boulevards et leurs prolongements vers Saint-Martin-d’Hères et Seyssinet-Pariset.
    • Un bilan favorable en termes d’émissions de gaz à effet de serre et d’exposition à la pollution atmosphérique et au bruit. Malgré l’intensification urbaine observée dans le corridor de la ligne E, le nombre de personnes exposées aux dépassements des seuils de qualité de l’air diminue ou reste stable selon les polluants.
    • Un coût d’investissement – 251 M€ HT valeur 2014 - inférieur de 13 % aux prévisions du dossier de déclaration d’utilité publique (DUP 2010) et un impact limité sur l’endettement global du Smmag qui n’a progressé « que » de 39 M€ entre 2010 et 2015 (période de construction de la ligne). Si le syndicat a contracté de nouveaux emprunts pour la ligne E, il a remboursé en parallèle d’importants montants d’emprunts plus anciens.

LIGNE E DU TRAMWAY GRENOBLOIS _ VOYAGE SUR LA LIGNE DU TEMPS (2019)
Réalisation : Eutexy - Crédits photo et vidéos : Eutexy et Le Dauphiné Libéré

Il est compliqué de parler d’"effets" directs entre la mise en service d'une ligne de tramway et la transformation des territoires ou des pratiques sociales. Jean-Marc Offner, agence d'urbanisme Bordeaux Aquitaine, refuse même de parler "d'effets" car cela renvoie à l’idée d’une causalité directe où toutes les nouvelles lignes de tramways induiraient « automatiquement » les mêmes évolutions quel que soit le territoire. Il préfère parler de "congruence" : il y a bien un lien entre le tramway et certaines évolutions observées, mais ce lien est indirect et variable d’un territoire à l’autre. Plus précisément, ce lien reflète la façon dont les acteurs s’approprient ou non les opportunités offertes par la nouvelle ligne de tramway, par exemple en modifiant leur stratégie résidentielle (pour les ménages) ou en proposant de nouveaux programmes immobiliers (pour les promoteurs)… La façon donc les acteurs s’approprient la nouvelle ligne de tramway peut être stimulée voire orientée par des politiques publiques d’accompagnement, notamment en termes d’habitat, de construction et d’espaces publics comme le montre le contrat d’axe de la ligne E.

Gabriel Jourdan est urbaniste, chargé d’études Mobilités / Territoires à l’Agence

Chiffres-clés de la Ligne E

  • 11,21 km
  • 17 stations
  • 22,2 km/h : vitesse commerciale moyenne
  • 30 min : durée moyenne d’une course
  • 4 280 logements mis en chantier entre 2010 et 2020, soit 70 % des objectifs fixés par le contrat d’axe. Si on y ajoute les 1 600 logements dont la mise en chantier est prévue, l’objectif global de construction sera atteint d’ici quelques années.
  • Un trafic routier quasiment divisé par deux sur les Cours Jean-Jaurès et Libération (avec 9 100 à 13 000 véhicules / jour en moins selon les sections). Cette baisse est jusqu’à 4 fois supérieure aux prévisions !
  • 32 000 voyages / jour sur la ligne E en 2016 et 7 000 déplacements quotidiens supplémentaires sur le réseau TAG, imputables à la mise en service des lignes E et C2.

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Bilan LOTI Tram E Mars 2021
Bilan LOTI Tram 3 Septembre 2015

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Végétalisation de la voie de tramway E à Grenoble

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Travaux ligne E _ Saint-Martin-le-Vinoux_2018

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