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Regards sur la mutation de l'espace marchand | Séminaire du 27 janvier 2017

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L’Agence a participé au séminaire « Mutation de l’espace marchand » qui s’est tenu le 27 janvier 2017 à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble (Ensag).

SÉMINAIRE MUTATION DE L’ESPACE MARCHAND

Outils, méthodes et postures de projet

Retranscription par Philippe Colleu et Julie Villard

L’Agence a participé au séminaire « Mutation de l’espace marchand » qui s’est tenu le 27 janvier 2017 à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble.
Ce séminaire s’inscrivait dans une démarche de recherche menée par Sylvie Laroche, architecte, sur les mutations commerciales.
Pour les géographes, architectes, urbanistes, ces nouvelles formes commerciales interrogent leur insertion dans les territoires urbains mais aussi ruraux. Ces relations ont été questionnées au cours de ce séminaire, à 3 échelles, depuis une avenue jusqu’à la métropole puis à l’échelle nationale, pour saisir les contours de ces espaces commerciaux.
Cette journée d’étude, animé par Charles Ambrosino (maître de conférence en urbanisme et aménagement), était une occasion de faire dialoguer chercheurs et professionnels du territoire.
Etaient notamment présents Anthony Pecqueux (directeur du Cresson), Jean-Christophe Dissart (directeur de la structure de recherche SFR Territoires en Réseau), Pascal Madry (directeur de l’Institut pour la Ville et le Commerce) des techniciens de la ville de Grenoble, de Grenoble-Alpes Métropole, et de l’Agence d’urbanisme de la région grenobloise.

De gauche à droite : Jean-Christophe Dissart (SFR Territoires en Réseaux), Charles Ambrosino (MC à l’IUG et chercheur à l’UMR PACTE), et Anthony Pecqueux (directeur du Cresson)

OUTILS ET MÉTHODES POUR IDENTIFIER LES PHÉNOMÈNES DE VACANCES COMMERCIALES

Par Sylvie Laroche, architecte et chercheure associée Cresson

Sylvie Laroche a tout d’abord présenté les principaux résultats de la recherche expérimentale « Outils et méthodes pour identifier les phénomènes de vacances commerciales ».
Cette recherche, débutée en février 2016 et d’une durée d’un an, était financée par la structure fédérative Territoires en Réseau. Sa particularité réside notamment dans la composition de l’équipe, constituée de Charles Ambrosino (urbaniste), Rainer Kazig (géographe), Elodie Lamothe, (stagiaire en master design urbain), Gilles Novarina (urbaniste), Catherine Maumi (architecte) et Sylvie Laroche (architecte), permettant une diversité d’approches sur ce sujet.

Cette recherche expérimentale analyse les caractéristiques spatiales des espaces marchands en déclin, en cherchant à identifier les éléments urbains et architecturaux favorisant cette désaffection, et d’autre part, à saisir leur impact au niveau de la ville.
L’analyse est faite selon une approche sensible et esthétique, avec le regard d’architecte de Sylvie Laroche, se démarquant des analyses traditionnelles de l’espace marchand.

« La vacance peut être définie comme l’état d’un local commercial non exploité pour une durée indéterminée, et plus généralement, le taux de vacance désigne le rapport entre le nombre de commerces vacants et le nombre total de locaux commerciaux. Au niveau national, on considère que lorsque le taux de vacance est inférieur à 5 %, il est faible, moyen de 5 à 10 %, élevé de 10 à 15, et très élevé lorsqu’il est supérieur à 15 %, témoignant dans ce cas d’un déclin commercial. En France, le taux de vacance commercial a atteint 7,2 % en 2012, 7,8 % en 2013 et 8,5 % en 2014. Cette vacance commerciale est donc un phénomène durable et qui tend à s’intensifier. Des caractéristiques économiques, géographiques et démographiques sont souvent évoquées comme explications de ce phénomène de vacance commerciale, mais les singularités construites, morphologiques ou sensibles des espaces vacants sont peu abordés. »
Sylvie Laroche, architecte et chercheure associée Cresson

L’expérimentation portait sur la ville de Grenoble, et s’est focalisée sur l’avenue Jean Perrot, sur laquelle ont été relevés 65 commerces, dont 13 vacants. L’analyse montre que cette vacance n’est pas concentrée : elle est située tout au long de l’avenue Jean Perrot, aussi bien dans le bâti neuf qu’ancien.
Le protocole méthodologique était constitué d’une approche immersive, évaluant l’attention des commerçants sur l’aménagement du territoire, les confrontations entre les pratiques des commerçants et habitants.

Les grandes tendances du commerce dans la métropole grenobloise

Par Axelle Violleau, responsable commerce à Grenoble-Alpes Métropole, et Philippe Colleu, chargé d’études économie / commerce à l’Agence d’urbanisme

Les intervenants ont présenté la stratégie et le positionnement commercial de la Métropole grenobloise. En effet, suite au passage en métropole, la compétence commerce fait désormais partie des missions de Grenoble-Alpes Métropole, qui souhaite se positionner comme chef de file de la stratégie en matière commerciale, artisanale et de services.
Dans ce cadre, la Métropole a mis en place un observatoire permettant d’avoir une connaissance plus fine et partagée du commerce sur son territoire, en s’appuyant sur l’outil Avizon développé par l’Agence.

Les chiffres-clés dans la métropole grenobloise

12 % de l’emploi total
6 900 établissements
9 % de vacance
30 % de services (marchands ou non et santé)
60 lieux de marché
450 000 m² de surface de vente de grandes et moyennes surfaces (hors auto)
1/4 de m² de de grandes et moyennes surfaces généralistes (alimentaire)
2/3 des m² de grandes et moyennes surfaces situés en zone commerciale
1 020 m² de surface de vente pour 1 000 hab. »

Source : Avizon Commerce, AURG

6 900 commerces ont été identifiés dans 15 zones commerciales, soit environ 80 % des commerce de la métropole. La zone de chalandise de la métropole, estimée à près de 700 000 habitants, se réduit du fait des stratégies de développement commercial des territoires voisins.
Le premier pôle commercial est le centre-ville de Grenoble, qui regroupe 1/3 des locaux commerciaux, avec un taux de vacance de 7 à 8 %. Le deuxième centre-ville commercial de la métropole est celui de Vizille en nombre de cellules commerciales. C’est aussi l’un des premiers sites touristiques de l’Isère, mais son taux de vacance s’élève à 20 %. Une démarche de redynamisation commerciale du centre-ville marchand, menée par l’Agence, est en cours avec les élus vizillois.

LA VACANCE COMMERCIALE, MARQUEUR SPATIAL DES MUTATIONS DU MODE D’ACCUMULATION ET DE RÉGULATION DU SECTEUR DU COMMERCE

Par Pascal Madry, directeur de l’Institut pour la Ville et le Commerce

AURG

Pour terminer, la présentation de Pascal Madry a permis un changement d’échelle, en passant à un point de vue macro, et donnant une vision nationale des logiques d’acteurs.
Les régimes économiques évoluent en même temps que les villes se transforment. La ville et l’économie sont en interaction, à chaque façon de produire, il faut un espace adapté ; à un régime urbain correspond un régime économique spécifique. Quand on passe d’un régime à un autre, il y a parfois des accros, cela nécessite des périodes d’adaptation, et la vacance, telle qu’on la constate aujourd’hui, constitue pour Pascal Madry, un marqueur de ces évolutions / changements de régime.

« La vacance commerciale est un marqueur des évolutions du couple ville / commerce. »

Les structures de communication ont été profondément modifiées avec Internet, et le commerce aurait besoin de se renouveler, de s’adapter et de se structurer au travers de nouvelles interfaces qui remettraient à plat tout ce que l’on a connu des formes traditionnelles de commerce.
Actuellement, on constate un phénomène de concentration du secteur du commerce. Cela serait la résultante de la concentration de la distribution, et montre comment un régime de production, d’organisation des entreprises, a des répercussions dans l’espace et dans un régime urbain.
Cette concentration s’exprime de différentes manières : par l’outil de travail (concentration de boutiques dans un même lieu), par la répartition du capital du commerce de détail (les chaînes ont pris le pas sur les commerces isolés), mais aussi dans l’espace (entre périphéries, centre-ville et quartiers). Ce système semble être entré en crise. On construit actuellement plus de surface de vente que ce que l’on peut consommer, et ces surfaces coûtent de plus en plus cher aux distributeurs.

« Il coûte de plus en plus cher de vendre de moins en moins. »

L’augmentation des loyers (+ 50 % depuis les années 2000) et la diminution des rendements (30 % de moins en 15 ans) explique en partie la fermeture des commerces indépendants, quel que soit le secteur d’activité, qui ne peuvent plus faire face aux loyers trop élevés. Mais les grandes chaines spécialisées résistent très bien à cette dynamique, car elles diversifient leurs activités qui se compensent entre elles.
De plus, les firmes nationales et internationales réfléchissent leur développement par rapport à des logiques financières qui sont totalement détachées des territoires. Il n’y a donc pas de relation d’évidence entre le développement de la ville et le développement du commerce.
Toute la question de l’urbanisme commercial, de la régulation de ce secteur suppose un recollement des logiques du commerce avec celles des villes.