L’entre-deux barres : Une ethnographie de la transformation des ensembles de logements collectifs par leurs habitants
L'entre-deux barres est pour les auteurs de ce livre l'occasion de porter pour la première fois un regard « par en-dessous » sur les formes des logements collectifs inventées et imposées par le projet moderne puis déployées mondialement entre les années 50 et les années 80. L'entre-deux barres se définit comme un espace-temps de résistance populaire au processus de dépossession appliqué à la question de l'habitat, et un ensemble d'inventions sociales et spatiales qui en contredisent les principes.
Ce livre n'est donc pas issue d'un énième retour critique sur l'expérience des logements sociaux et des grands ensembles mais bien une immersion dans le moment, plus ou moins court, durant lequel des personnes, des familles soumises à la concentration dans des logements collectifs ont repris en mains ce qui les concernait directement et dont elles avaient été dépossédées par tous les experts de l'organisation et de la planification. Les cas présentés dans cet ouvrage, collectés sous toutes les latitudes et sur trois continents, nous montrent de façon parfois spectaculaire que « quelque-chose d'avant et par-delà » la mise en œuvre du projet moderne résiste, ce quelque-chose qui à trait aux cultures et aux comportements réapparaît par les rattrapages de toute nature produits par les habitants. Finalement, certaines façons d'être au et dans le monde, disqualifiées par le projet moderne, réémergent de leurs actions. Ce livre nous invite donc à cheminer entre les barres de logements afin de saisir les trajectoires et les quotidiens qu'elles abritent, et espérer sortir un jour ensemble des représentations, et rénovations, simplistes et unilatérales dont elles font l'objet.
Ce livre nous invite plus globalement à remettre en cause, via l'histoire et l'analyse socio-spatiale, la dichotomie bien ancrée dans notre lecture contemporaine de la fabrique de la ville entre ville dite « formelle » et « informelle » en mettant en lumière les relations d'imbrication multiples entre habitat et habiter de toutes formes, du préfabriqué industriel à la fabrication populaire des espaces.
