Ce que le paysage nous donne à voir du territoire

L’intervention architecturale et urbaine modifie le paysage. Il est donc indispensable d’accompagner la conception de projets par une réflexion plus large, au-delà des limites physiques, afin de mettre le projet en résonance avec son environnement.  L’approche paysagère va chercher à comprendre les relations physiques et visuelles entre le site et son territoire pour inscrire le projet dans une cohérence d’ensemble et reconsidérer son rôle d’articulation, de liaison.
Partant d’un lieu précis, le projet analyse et intègre avec une attention particulière de nombreuses thématiques : l’histoire, la géologie, la manière dont le lieu est constitué physiquement, les vues proches ou lointaines, la végétation et ses diverses structures, les façades urbaines ou commerciales, la signalétique ou les enseignes, les usages actuels et à venir, puis la façon dont l’urbanisation s’inscrit dans le paysage en fonction de ses atouts et contraintes. Le projet paysager accompagne alors la transformation, en s’appuyant sur la singularité des lieux et en intégrant la dimension urbanistique du programme et de ses enjeux esthétiques, écologiques et d’usage.
L’approche paysagère est transversale. Elle crée des espaces qui unifient, des trames qui organisent, des continuités qui mettent en lien, des éléments qui composent, des vues qui animent, des parcours qui guident à travers le projet architectural. Dans cet esprit, chaque projet est l’occasion de relier le site à la ville et au territoire, d’offrir une qualité de vie et une multiplicité de pratiques et d’usages.

Le patrimoine, petit ou grand, est également une composante-clé de la qualité des paysages, trop souvent oubliée, ainsi qu'un marqueur historique et identitaire, un traceur de la mémoire collective, à prendre en compte pour l'aménageur. Sur nos territoires à forte vocation touristique et de loisir, c'est en outre un important facteur d'attractivité. Son analyse permet une compréhension de la logique d'implantation dans les sites abordés par les différentes missions de l'Agence. La prise en compte de l'existant constitue en outre un enjeu majeur à l'heure où l'aménagement de l'espace doit tendre vers plus de sobriété, de frugalité, et de "respect" vis-à-vis des ressources locales. 

En outre, l'étude des techniques constructives, des matériaux, de l'implantation et l'orientation des bâtiments anciens a beaucoup à nous apprendre dans une logique d'un urbanisme adapté aux évolutions du climat, et donc d'une certaine "résilience" et d'une durabilité éprouvée, par des édifices qui existent parfois depuis quelques siècles. La mise en valeur des patrimoines apporte enfin un "supplément d'âme" aux projets, une plus-value vis-à-vis des nombreux programmes aujourd'hui très standardisés et peu révélateur de l'identité d'un territoire.

Une intervention de l'Agence en amont des projets

L’Agence accompagne les politiques publiques sur les volets paysages et patrimoines à différentes échelles de travail. 

Intégrer les enjeux paysagers et patrimoniaux dans les documents d’urbanisme et de planification

L'Agence travaille principalement sur les grandes orientations d’aménagement de la ville et du territoire à différentes échelles : aussi bien celle des documents d’aménagement d’un grand territoire, que celle de quelques communes, voire d’une seule, d’un quartier ou d’une place. Elle intervient à toutes les phases de l’élaboration d'un PLUi : analyse paysagère (grandes structures paysagères, cartes thématiques), analyse des perceptions sensibles (localisation des axes et des points de vues à fort enjeu, cartes des perceptions, secteurs sensibles, cônes de vues, points focaux, crêtes et silhouettes structurantes…), analyse de la typo morphologie et de l’histoire, diagnostic urbain, diagnostic du patrimoine végétal et bâti, établissement de règles sur la protection du patrimoine bâti et paysager, aspects qualitatifs des OAP…
Dans le cadre du PLUi Métropole, l'Agence a accompagné la réalisation et la mise en œuvre d'une Orientation d'Aménagement et de Programmation (OAP) Paysage. Elle s'est également vu confier une démarche de valorisation des patrimoines qui a nécessité un recensement détaillé. Le territoire métropolitain est en effet marqué par une grande diversité de patrimoines en présence : montagnard, agricole, urbain, industriel, religieux, hydraulique, militaire..., Cette démarche a permis un travail fin à l'échelle communale, mettant ainsi en avant les singularités locales au sein de documents intercommunaux.

Observer et projeter : des études dédiées à la thématique paysagère

L'Agence est sollicitée par ses partenaires pour les accompagner dans la mise en œuvre des projets urbains. Une méthodologie d'analyse spécifique des centres-bourgs a été mise en place notamment sur le territoire de la Bièvre.
Des études urbaines type Cœur de ville à Meylan, sur les espaces publics de la Métropole ou sur l'évolution des éléments paysagers, des espaces publics, des tissus urbains, des déplacements, des espaces commerciaux… sur les lignes C et E du Tram ont été menées ces dernières années.
Au Grand Lemps, la mise en évidence des héritages successifs de la trame urbaine actuelle a permis de donner du sens au projet d'extension du village, ancrant celui-ci dans une continuité historique et paysagère. 

L’Agence d’urbanisme invite à considérer le patrimoine comme un support, un atout sur lequel construire des projets pertinents et adaptés, plutôt que comme une contrainte réglementaire.

« Ces missions comprennent un important travail de cartographie / SIG et de production écrite. Il s’agit aussi de concevoir et de réaliser des bases de données spécifiques sur le paysage, le patrimoine et les espaces publics, à partir desquelles on réalise des cartographies et des analyses. Grâce à ses représentations graphiques et à ses croquis, le paysagiste offre une approche pédagogique essentielle, tant pour les élus que pour les habitants ». 
Nathalie Henner, paysagiste à l'Agence

Les patrimoines comme pilier de la revitalisation des centres-villes et centres-bourgs

Les centres historiques présentent une forme d’urbanisation exemplaire, progressivement remise au « goût du jour » face aux défis climatiques qui se manifestent, et suite au constat des désagréments causés par un urbanisme du « tout voiture » qui a radicalement transformé les espaces urbains dans la seconde moitié du XX° siècle. De nombreux projets émergent aujourd’hui au sein des centralités héritées, prenant appui sur les atouts du patrimoine bâti, en prenant en compte ses qualités, en croisant enjeux patrimoniaux et énergétiques, et en permettant la création d'une offre individualisée, différente de l'offre standardisée et banalisée proposée en périphérie. La redynamisation d’un centre-ville ou d’un centre-bourg peut s'articuler autour des parcours liant commerces, stationnement, équipements, en s'appuyant sur les atouts patrimoniaux bâtis (trame urbaine, ruelles médiévales, édifices remarquables, tissu « banal »…) et paysagers (topographie offrant des belvédères, squares et jardins de ville, accompagnement des cours d’eau, mise en scène des espaces construits ou naturels…).

En corollaire, le rôle des espaces publics doit être appuyé dans la mise en valeur de l’espace urbain. Rendre les espaces « vides » aux piétons et ne plus les considérer seulement comme des espaces de stationnement automobile, permet de rendre la ville aux habitants et de valoriser les façades qui structurent les rues et les places. L’analyse de la structure de la ville à partir des espaces publics, c'est-à-dire l’espace déterminé principalement par les plans des façades et leur organisation, est déterminante de l’image de la ville et de la mise en scène de l'espace urbain ; elle modèle l’espace public en disposant les perspectives, les étranglements et les dilatations de l’espace, les continuités, les rythmes et les hiérarchies, …

Plus largement, la singularité des ensembles bâtis est un enjeu fort pour le territoire. Au-delà des monuments isolés, ils témoignent d’un savoir-faire, d’une réponse d’une époque à une problématique sociale. Ces ensembles mêlant bâti et non-bâti (affirmant ainsi le rôle des espaces libres dans la création de lien social) sont un témoin privilégié de l’occupation d’un territoire par une société et d’une solidarité, définies dans l’espace et le temps. L’Agence appuie, notamment à travers chacun des PLUi qu’elle accompagne, la reconnaissance et la valorisation de ces centres-villes médiévaux, hameaux ruraux, faubourgs industriels, cités ouvrières, grands boulevards de Grenoble et autres grands ensembles de la seconde moitié du XXe qui parsèment le territoire.